IBC 2026 : ce qu'on en retient pour vos prochains tournages
Mi-septembre, nous avons passé plusieurs jours dans les halls d'IBC à Amsterdam. Ce salon reste un endroit qu'on adore pour découvrir le matériel avant qu'il n'arrive sur nos étagères. Et puis c'est un des rares moments de l'année où nous retrouvons tous nos fournisseurs au même endroit. En quelques jours, on échange avec les constructeurs, on discute des délais et des évolutions à venir, et on repart avec une vision bien plus claire de ce qui arrivera réellement sur le terrain dans les mois qui viennent.
IBC est un salon pensé d'abord pour les grands diffuseurs, et une bonne partie de ce qu'on y voit concerne des régies et des infrastructures qui ne sont pas notre quotidien. Nous avons donc fait le tri, avec une question en tête : qu'est-ce qui va changer concrètement pour les équipes que nous équipons, en tournage comme en direct ?
Sony : la FX5 en vedette
Sur le stand Sony, l'attention se concentrait sur la FX5, présentée pour la première fois en salon. Nous la voyons comme une « BURANO de poche » : le format compact de la FX3, mais l'architecture et le traitement d'image de la gamme CineAlta, avec le 5K Open Gate et le RAW X-OCN 16 bits en interne. De quoi faire entrer les workflows de fiction et de VFX dans une configuration très légère. Sony procède encore à des ajustements avant sa sortie. Nous avons pu la manipuler sur le stand, ce qui donne une première idée de l'ergonomie, mais nous attendons de faire des images et d'éprouver chacune de ses fonctionnalités avant de vous en dire plus. Notre article de blog détaille déjà son positionnement face à la FX3 et à la FX6. Les accessoiristes anticipent déjà sa sortie : Tilta présentait sur le salon des cages et un kit d'extension de viseur dédiés.
Canon : priorité aux opérateurs seuls
Les tournages en opérateur seul sont de plus en plus fréquents. C'est parfois une contrainte budgétaire, quand la production ne peut plus financer une équipe complète. Mais c'est aussi un choix, parce que les boîtiers actuels permettent désormais d'atteindre seul un niveau de qualité qui demandait encore récemment plusieurs techniciens. Canon l'a bien compris et a choisi de mettre en avant la R6 V, un hybride orienté vidéo pensé précisément pour ces professionnels. Les C50, C80 et C400 gagnent avec leurs derniers firmwares un contrôle par USB étendu, utile pour les stabilisateurs et les accessoires tiers. La C80 et la C400 reçoivent en plus un mode Cinema Exposure, qui active automatiquement le Canon Log 2 et allège les menus des fonctions broadcast. Ce type de mise à jour prolonge concrètement la durée de vie d'un boîtier, un critère que nous regardons de près quand nous choisissons ce qui entre dans notre parc.
Transmission : le direct depuis n'importe où
C'est sans doute le domaine où IBC nous a le plus parlé, puisque nous louons au quotidien les LiveU LU800 PRO et LU300S. Sur le stand LiveU, la vedette était la LU900Q, première unité construite autour de LiveU IQ, un moteur qui choisit lui-même la meilleure option de bonding selon les réseaux disponibles, avec modems 5G et eSIM.
Plus directement utile pour nos clients, LiveU renforce sa collaboration avec Sony. La marque présentait le TX1, un boîtier compact qui se monte directement sur les caméras pro Sony. Elle montrait aussi une licence qui permet de transférer des fichiers depuis les caméras Sony compatibles via des unités comme la LU300S, que nous avons déjà au parc. C'est un sujet qui nous passionne, et nous allons le suivre de près. Pour une équipe en reportage, cela veut dire envoyer ses rushes au monteur ou à la rédaction directement depuis le terrain, sans attendre le retour en base ni manipuler de cartes. Avec le TX1, le dispositif tient en plus sur la caméra elle-même, ce qui allège encore le kit. On rejoint là aussi l'opérateur seul, qui peut tourner, transmettre et livrer sans renfort technique.
Chez Haivision, le Falkon X4 faisait ses débuts européens. C'est un émetteur à quatre modems en MIMO 2×2, récompensé par le prix Best of Show de TVBEurope. La marque a aussi démontré une transmission sur réseau 5G privé avec moins de 100 ms de latence, pensée pour les lieux où les réseaux publics saturent. Pour les tournages en concert ou en manifestation, c'est une piste à suivre de près.
Autour de la caméra : simplifier le plateau
Ce qui saute aux yeux en parcourant les halls, c'est cette recherche permanente de simplification des setups sur le plateau. On l'a vu de manière très concrète chez Hollyland, qui continue de supprimer les câbles superflus avec le Pyro 7 Ultra. Ce moniteur sans fil tout-en-un évite de surcharger les structures. Il réunit dans un même boîtier de 7 pouces un écran QD-LCD de 1 500 nits et un système de transmission, qui peut fonctionner en émetteur comme en récepteur. La transmission va jusqu'en 4K60, avec une portée annoncée d'environ 1 km. Il s'intègre à l'écosystème Pyro existant : un parc déjà équipé n'est pas remis en cause.
Atomos va dans le même sens avec le Shinobi 7 II, un moniteur HDR de 7 pouces et 2800 nits. Il intègre les outils d'exposition, de mise au point et de cadrage de la marque, ainsi qu'un contrôle caméra par USB-C.
Côté son, la quatrième génération du système sans fil DWX de Sony apporte une sécurité appréciable. L'émetteur DWT-B40 enregistre en interne en 32 bits float sur carte microSD. Si la liaison HF décroche, la prise est sauvegardée. Il faudra toutefois patienter jusqu'à début 2027.
L'IA au service du cadrage
L'IA s'intègre aussi de manière très concrète dans les tourelles PTZ. Sony exposait ses caméras SRG-AS10 et SRG-XS10, dont le cadrage automatique repose sur la reconnaissance et le suivi des sujets. Le suivi atteint désormais une fiabilité qui le rend exploitable en événementiel et sur les plateaux hybrides, où un seul technicien doit souvent gérer plusieurs angles. On retrouve là la même logique que pour l'opérateur seul : quand l'outil prend en charge une partie du travail, une petite équipe peut produire des images qui demandaient auparavant plusieurs personnes.
Ce que nous surveillons
Enfin, impossible de quitter IBC sans noter le mouvement de fond qui traverse le haut de gamme : les caméras cinéma entrent dans le direct. ARRI a ouvert son ALEXA 35 Live au SMPTE ST 2110. Blackmagic propose une URSA Cine capable de sortir un flux IP jusqu'à 440 images par seconde. Ce ne sont pas des outils de notre parc. Mais ils annoncent un monde où l'image de fiction et celle du direct se rejoignent, et c'est une évolution que les chefs opérateurs vont croiser de plus en plus souvent.
Le matériel évolue vite, et notre rôle reste le même : distinguer les nouveautés qui répondent à un véritable besoin de production de celles qui relèvent surtout de la curiosité technologique. Dans le prochain numéro, nous reviendrons plus en détail sur celles que nous aurons pu tester en conditions réelles.